Paraguay : les indicateurs de la prospérité paraguayenne
En bref : 6,6 % de croissance en 2025, une inflation à 1,7 %, deux notations « investment grade » sur trois, des réserves record et une pauvreté en net recul. Le Paraguay affiche le tableau de bord le plus solide de son voisinage. Il n’est pas riche pour autant. Il est stable — et c’est plus rare.
En Amérique du Sud, on a pris l’habitude de lire l’économie comme on lit un bulletin météo avant la tempête : l’inflation dérape, la monnaie décroche, les réserves fondent, et le gouvernement change les règles en catastrophe. L’économie du Paraguay déjoue ce réflexe. Depuis deux ans, presque tous ses indicateurs vont dans le même sens, et le FMI, les agences de notation et les investisseurs étrangers ont fini par l’écrire noir sur blanc.
Encore faut-il savoir quels chiffres regarder. Un PIB qui bondit grâce à une récolte de soja record ne dit pas la même chose qu’un emprunt d’État à douze ans en guaranís, souscrit par des fonds étrangers. Voici les indicateurs de la prospérité paraguayenne qui comptent vraiment, ce qu’ils signifient pour qui vit ou investit ici.
Croissance : un rythme que la région a perdu
Le PIB paraguayen a progressé de 6,6 % en 2025, porté par la consommation, l’investissement privé et une production électrique en forte hausse. L’élan ne s’est pas éteint avec l’année : le premier trimestre 2026 affiche encore +5,8 % sur un an.
Pour 2026, la Banque centrale du Paraguay (BCP) a relevé sa prévision de 4,2 % à 4,5 % en juin, essentiellement grâce à une récolte agricole record. Le FMI table sur 4,4 %. Les uns comme les autres attendent ensuite une décélération vers un rythme de croisière : le Fonds estime le potentiel de croissance du pays à 3,8 % par an à moyen terme.
C’est ce dernier chiffre qu’il faut retenir. Le pic de 2025 doit beaucoup au soja et à la météo. Le plancher de 3,8 %, lui, décrit ce que l’économie produit quand rien d’exceptionnel ne se passe — et la plupart des voisins du Paraguay s’en contenteraient comme d’une bonne année.
Inflation : 1,7 %, et une banque centrale qu’on croit
En septembre 2026, l’inflation annuelle s’établit à 1,7 %, sous la cible de 3,5 % que s’est fixée la BCP, avec une marge de tolérance de deux points. L’inflation sous-jacente, celle qui exclut les prix les plus volatils, tombe à 1,2 %. Le taux directeur reste à 5,5 %, inchangé depuis plusieurs réunions.
Le chiffre en lui-même compte moins que ce qu’il révèle : les anticipations d’inflation restent ancrées sur la cible. Autrement dit, les ménages et les entreprises ne fixent pas leurs prix en se protégeant d’une dérive future. Dans une région où l’inflation à deux chiffres a longtemps été la norme, cette confiance vaut plus que n’importe quel taux.
Le revers de cette discipline, pour qui est payé en euros, c’est un guaraní qui s’est renforcé — j’en ai détaillé les effets concrets dans mon article sur le coût de la vie au Paraguay en 2026.
Notation souveraine : deux « investment grade » sur trois
En juillet 2024, Moody’s a accordé au Paraguay la note Baa3, la première de son histoire dans la catégorie « investment grade ». L’agence l’a confirmée en juillet 2026, avec une perspective stable, en citant la croissance et un endettement modéré par rapport aux pays comparables. En décembre 2025, S&P a suivi avec un BBB-.
Seule Fitch maintient le pays un cran en dessous, à BB+, mais avec une perspective positive. Sa réserve principale porte sur la gouvernance et une base fiscale étroite — un point sur lequel nous reviendrons.
Concrètement, une note « investment grade » ouvre l’accès aux fonds de pension et aux grands investisseurs institutionnels qui n’ont pas le droit d’acheter de la dette spéculative. L’État emprunte moins cher, puis les banques et les entreprises locales suivent.
La preuve par les marchés : emprunter en guaranís, sur douze ans
C’est l’indicateur le plus parlant, et le moins commenté. En février 2026, le Paraguay a placé l’équivalent d’un milliard de dollars d’obligations souveraines libellées en guaranís sur les marchés internationaux, à douze ans et à 8,5 %. Soixante-quatre investisseurs étrangers ont participé, pour une demande une fois et demie supérieure au montant émis. Le même jour, une tranche en dollars à échéance 2055 était demandée plus de six fois.
Un fonds étranger qui prête en guaranís pour douze ans accepte le risque de change. Il parie que la monnaie ne sera pas sacrifiée pour boucher un trou budgétaire d’ici 2038. C’est un vote de confiance envers la banque centrale, exprimé en argent réel.
Le mouvement se lit aussi dans la structure de la dette : la part libellée en monnaie locale est montée à 22 %, contre 8,3 % en août 2023. Pour la première fois, le déficit budgétaire autorisé pour 2026 peut être financé entièrement en guaranís.
Réserves de change : le matelas le plus épais de son histoire
Fin 2025, les réserves internationales nettes ont franchi pour la première fois la barre des 11 milliards de dollars, en hausse de 11 % sur un an. Elles se maintenaient autour de ce niveau fin juin 2026, et le FMI juge les réserves brutes dans la zone considérée comme adéquate.
Ce matelas sert à une chose : encaisser un choc sans paniquer. Une mauvaise récolte, une fuite de capitaux, une crise argentine — la banque centrale dispose de quoi lisser le taux de change plutôt que de le subir. La comparaison avec la Bolivie voisine, qui dispose d’environ 3,6 milliards de dollars de réserves composées en majorité d’or, dit tout de l’écart entre les deux trajectoires. Nous l’avons analysé dans notre article Bolivie, nouvel eldorado expatrié ?.
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Commerce extérieur : le soja, mais plus seulement
Au premier semestre 2026, les exportations totales ont atteint 10,16 milliards de dollars, en hausse de 23,6 % sur un an. Le soja et la viande restent les piliers, mais un autre chiffre mérite l’attention : les exportations sous régime de maquila — ces usines d’assemblage et de transformation tournées vers le marché brésilien — ont atteint 717 millions de dollars sur la même période, en progression de 25 %.
C’est la diversification que les agences de notation réclament : de l’industrie légère, de l’emploi formel, et une moindre dépendance à la pluie. Le mouvement reste modeste en volume. Il est réel en tendance.
Énergie : 100 % d’électricité renouvelable, et un excédent à vendre
Le Paraguay produit la totalité de son électricité à partir de l’hydraulique, grâce aux barrages binationaux d’Itaipú, partagé avec le Brésil, et de Yacyretá, partagé avec l’Argentine. Il n’utilise qu’environ un cinquième de la part qui lui revient ; le reste est exporté vers ses deux voisins.
Pour une économie, c’est un avantage stratégique rare : une énergie abondante, bon marché et décarbonée, au moment où les industries électro-intensives — centres de données en tête — cherchent précisément ce profil. La renégociation du tarif d’Itaipú avec le Brésil n’est pas encore bouclée, et son issue pèsera sur les recettes de l’État.
Emploi et pauvreté : quand la croissance descend jusqu’aux ménages
Un PIB peut grimper sans que personne ne le sente. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Selon l’Institut national de statistique (INE), la pauvreté monétaire est passée de 19,6 % de la population en 2024 à 16 % en 2025, et l’extrême pauvreté de 3,7 % à 2,4 %. En nombre de personnes, le pays comptait environ 1,33 million de pauvres en 2023, et 985 000 fin 2025.
Le marché du travail suit : sur l’ensemble de 2025, le taux de chômage est descendu à 4,9 %, et le taux d’emploi a gagné plus de deux points.
Une nuance s’impose, par honnêteté : les transferts sociaux pèsent dans ce résultat. Sans eux, l’INE estime que la pauvreté aurait atteint 19,9 % en 2025. La croissance a fait le gros du travail ; l’État a fait le reste.
Ce que le tableau de bord ne montre pas
Un bilan qui ne montre que les bons chiffres ressemble à une brochure. Voici les trois lignes que les investisseurs regardent aussi.
La pression fiscale, d’abord. Avec des recettes autour de 11 % du PIB, le Paraguay se situe parmi les pays qui prélèvent le moins au monde pour son niveau de développement. C’est une partie de son attrait — et c’est aussi sa fragilité : l’État dispose de peu de marge pour financer routes, hôpitaux et services publics. Le FMI, dans sa dernière évaluation annuelle, recommande d’élargir les recettes et de réexaminer les exonérations.
La dette, ensuite. Elle atteignait 22,3 milliards de dollars en août 2026, soit environ 35 % du PIB selon le ministère de l’Économie, en hausse de 2,6 milliards sur un an. Le niveau reste bas comparé aux voisins ; c’est la vitesse d’accumulation qui alimente le débat local. Le déficit public, ramené à 2 % du PIB en 2025, son meilleur résultat depuis 2019, reste au-dessus du plafond légal de 1,5 %, et le gouvernement a reconnu qu’il pourrait repousser cet objectif pour solder des arriérés envers ses fournisseurs.
L’informalité, enfin. Six travailleurs sur dix exercent hors du cadre formel, sans cotisation ni protection. C’est le principal frein à une base fiscale plus large, et le chantier que le pays a devant lui pour la décennie.
Prospérité ou stabilité ?
Le Paraguay n’est pas un pays riche. Son PIB tourne autour de 47 milliards de dollars pour un peu plus de six millions d’habitants : un revenu par tête modeste, très loin des standards européens.
Ce que ses indicateurs décrivent, c’est autre chose : un pays qui tient ses comptes, dont la monnaie inspire confiance, et dont les règles ne changent pas au gré des crises. Pour qui s’installe, cette stabilité compte davantage que la richesse — elle permet de prévoir un budget, de signer un bail en guaranís, de bâtir un projet à cinq ou dix ans. C’est aussi ce qui explique que le pays durcisse aujourd’hui ses conditions de résidence plutôt que de les assouplir : je l’ai détaillé dans l’article sur la normalisation de la résidence permanente.
Questions fréquentes
L’économie paraguayenne est-elle en bonne santé en 2026 ?
Oui, selon la plupart des indicateurs : croissance de 6,6 % en 2025 et autour de 4,5 % attendus en 2026, inflation à 1,7 % en septembre 2026, réserves de change au-dessus de 11 milliards de dollars et dette publique autour de 35 % du PIB. Ses faiblesses sont une pression fiscale très basse et une forte informalité.
Le Paraguay a-t-il obtenu le grade d’investissement ?
Oui, auprès de deux agences sur trois : Moody’s (Baa3, depuis juillet 2024) et S&P (BBB-, depuis décembre 2025). Fitch le maintient à BB+, un cran en dessous, avec une perspective positive.
Quel est le taux d’inflation au Paraguay ?
1,7 % sur douze mois en septembre 2026, pour une cible officielle de 3,5 %. L’inflation sous-jacente s’établit à 1,2 %.
Et vous, quel indicateur regardez-vous en premier avant de vous installer dans un pays ? Dites-le en commentaire. Et si vous préparez un projet au Paraguay, installation ou investissement, écrivez-nous : nous regardons votre situation avec vous, chiffres en main.
Sources : FMI, consultation article IV 2026 ; Infobae, prévision de croissance de la BCP ; Itaú, croissance 2025 ; Trading Economics, inflation de septembre 2026 ; La Nación, notations souveraines ; BCP, émission en guaranís ; InfoNegocios, réserves de change ; Bloomberg Línea, électricité renouvelable ; Última Hora, pauvreté (INE) ; Última Hora, dette publique ; EFE, déficit 2025.
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