Résidence permanente au Paraguay : la normalisation
Le Paraguay n’accorde plus la résidence permanente comme il y a un an. Entre janvier et juillet 2026, la Direction Nationale des Migrations (DNM) et le Ministère de l’Industrie et du Commerce (MIC) ont publié une série de résolutions qui resserrent les preuves de solvabilité, relèvent les montants d’investissement exigés et augmentent les tarifs. Ce n’est pas un tour de vis isolé : c’est la fin d’un régime resté informel pendant des années, remplacé par un cadre unifié et documenté.
Voici ce qui a changé, texte par texte, et ce que ça implique concrètement pour qui prépare son dossier.
Le chiffre qui a tout déclenché
Le 21 avril 2026, la DNM rend publics ses propres chiffres, et ils sont vertigineux. Sur les trois premiers mois de 2026, 18 300 demandes de résidence ont été déposées — une hausse de 80 % par rapport au premier trimestre 2025. En 2025 déjà, le pays avait enregistré 47 600 demandes sur l’année entière. Au rythme du premier trimestre 2026, ce total pourrait doubler.
Le détail par nationalité dit tout du phénomène : 58 % des demandes viennent du Brésil, loin devant l’Argentine, l’Allemagne, la Bolivie et l’Espagne. Jorge Kronawetter, directeur des Migrations, l’explique par trois facteurs — stabilité économique, croissance régulière et pression fiscale basse — et note que les Brésiliens qui arrivent aujourd’hui sont de plus en plus des commerçants et des entrepreneurs, pas seulement des étudiants.
Un pays qui voit ses demandes de résidence doubler en un an, avec un système pensé pour un flux bien plus modeste, n’a que deux options : laisser filer, ou reprendre la main. Le Paraguay a choisi la seconde — et il l’a fait le jour même où il a publié ces chiffres.
Investisseurs : la fin du ticket d’entrée à 70 000 dollars
Le 21 avril 2026, jour de l’annonce des chiffres, le MIC et la DNM lancent la nouvelle version du Paraguay Investor Pass. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Marco Riquelme, résume le changement sans détour : « subimos el mínimo de inversión de 70.000 a 200.000 dólares, pero sin generar empleos directos » — le seuil passe de 70 000 à 200 000 dollars pour qui n’a pas d’obligation de créer d’emploi.
Ce relèvement, formalisé quelques semaines plus tard par la Résolution MIC N° 283/2026, redessine la carte des quatre catégories d’investissement. L’investissement financier et l’investissement immobilier — les deux voies passives, sans plan d’affaires ni création d’emploi — grimpent à 200 000 dollars. Le tourisme reste à 150 000 dollars, toujours avec plan d’affaires. Seul l’investissement productif conserve le seuil de 70 000 dollars, mais à la condition, elle, inchangée depuis toujours : un plan d’affaires sérieux et cinq emplois formels créés.
Autrement dit, la porte la moins chère reste ouverte, mais elle demande maintenant un vrai projet — plus un simple virement. Nous avons détaillé l’ensemble de ces catégories et les documents à réunir dans notre article sur l’Investor Pass ; si vous envisagez cette voie, c’est la première chose à lire.
Le socle commun : la Résolution DNM N° 407/2026
Le texte le plus structurant de cette réforme est signé le 28 mai 2026 : la Résolution DNM N° 407/2026. Elle répond à une demande interne — un mémorandum de la Dirección General de Extranjeros daté du 14 avril 2026 — et à un constat de la Direction des affaires juridiques de la DNM : la matière était jusque-là éclatée entre les Résolutions DNM N° 710/2024 et N° 905/2024, elles-mêmes rafistolées par quatre textes modificatifs successifs entre 2025 et 2026. La 407/2026 abroge tout ce corpus sur le volet solvabilité et le remplace par un texte unique, applicable aux demandes de résidence permanente relevant de la loi migratoire et de l’accord Mercosur — la résidence temporaire n’est pas concernée. Sa mise en application pour les nouveaux dossiers a été rapportée par la presse au 6 juillet 2026, le temps que la DNM adapte son système informatique, comme le texte le lui impose noir sur blanc.
Concrètement, un diplôme ou une simple attestation ne suffisent plus : chaque demandeur doit prouver l’exercice réel de son activité. Un salarié produit son inscription à l’IPS ou son contrat de travail homologué — l’un ou l’autre suffit. Un indépendant doit réunir son inscription comme contribuable et trois mois de déclarations d’IVA, ou sa dernière déclaration IRP, plus un certificat de conformité fiscale. Un nomade numérique se contente d’une attestation de travail unique précisant le montant de ses revenus et le moyen par lequel il les perçoit — apostillée et traduite si elle vient de l’étranger. Un retraité fournit une attestation de pension mentionnant le montant perçu. Chaque catégorie a sa propre grille ; aucune ne se prouve à moitié.
La résolution découpe les profils en douze catégories : professionnels, techniciens, salariés, travailleurs indépendants (commerce et services), travailleurs à distance ou nomades numériques, propriétaires immobiliers, actionnaires ou associés de personnes morales, agriculteurs et éleveurs, religieux, retraités ou pensionnés, personnes à charge, et étudiants. Chacune a désormais sa propre grille de justificatifs, là où le flou profitait auparavant à qui savait le contourner.
Le texte ne fixe nulle part de seuil de revenus en dollars ou en guaranís : il le précise expressément, l’accréditation de solvabilité « no podrá presumirse en ningún caso » — elle doit reposer sur les pièces propres à chaque catégorie, pas sur un montant plancher universel. Il muscle surtout le contrôle : la DNM peut vérifier l’authenticité des documents, exiger des pièces complémentaires, rejeter un dossier dont les preuves ne sont pas jugées probantes, et toute la demande a désormais valeur de déclaration sous serment — en cas de soupçon de fausse déclaration, le dossier peut être transmis au Ministère Public. Dernier détail, plus discret : la profession du demandeur disparaît de la carte de résidence elle-même (le Carnet de Residencia), tout en restant enregistrée dans le système interne de la DNM. Le document remis au public s’allège, le contrôle en coulisses se renforce.
La facture aussi augmente
La normalisation ne touche pas que les preuves à fournir : elle touche aussi le prix. La Résolution DNM N° 478/2026, effective depuis le 1er juillet 2026, relève les tarifs migratoires. La résidence temporaire Mercosur passe à 2 341 540 guaranís en espèces (soit environ 392 dollars) ou 2 406 000 guaranís par carte (environ 403 dollars). La résidence permanente, elle, s’établit à 2 926 925 guaranís, soit environ 490 dollars.
À cela s’ajoute une contrainte de calendrier qu’il vaut mieux anticiper : la demande de résidence permanente doit être déposée entre 90 jours avant l’expiration de la carte de résidence temporaire. Rater cette fenêtre complique inutilement un dossier (et vous garantit de payer une amende) qui, par ailleurs, demande déjà plus de pièces qu’avant.
Ce qui reste flou : les absences pendant la procédure
Un point n’a, à ce jour, fait l’objet d’aucun texte officiel : combien de temps un demandeur peut-il s’absenter du Paraguay pendant que son dossier de résidence permanente est en cours de traitement ? Aucune norme ni instruction publique ne fixe de limite claire. Pour un entrepreneur ou un nomade numérique qui doit continuer à circuler entre plusieurs pays, c’est une zone grise réelle — pas parce que voyager serait interdit, mais parce que les conséquences d’une absence prolongée sur l’issue du dossier ne sont écrites nulle part. En l’état, la prudence recommandée par les praticiens du secteur consiste à consulter un avocat paraguayen avant de planifier une absence longue en cours de procédure.
Ce que ça change, concrètement
Avant cette vague de résolutions, le Paraguay fonctionnait sur une réputation méritée de rapidité et de faible exigence documentaire : un diplôme, quelques justificatifs bancaires, et le dossier passait. C’est précisément ce qui a produit l’afflux de 2024-2026. La normalisation ne ferme pas la porte — les volumes de demandes le confirment, le pays reste une destination recherchée — mais elle aligne le Paraguay sur un standard qu’on retrouve ailleurs en Amérique du Sud : preuve de revenus réels, activité vérifiable, tarifs revus à la hausse, catégories de profils clairement définies.
Pour qui prépare un dossier aujourd’hui, la règle a changé : réunir les preuves avant de déposer, pas après qu’une clarification soit demandée. Le compteur des délais administratifs ne repart qu’à réception du dossier complet, et un dossier incomplet déposé sous l’ancien régime ne bénéficie d’aucune clause de grand-père garantie — mieux vaut construire son dossier directement selon les exigences de la Résolution 407/2026, plutôt que sur la base de ce qui circulait encore en ligne au premier trimestre.
Vous préparez une demande de résidence permanente au Paraguay et vous voulez vérifier que votre dossier tient la route face à ces nouvelles exigences ? On peut en discuter.
Sources officielles : Direction Nationale des Migrations, mise à jour du régime de solvabilité économique — Résolution DNM N° 407/2026 du 28 mai 2026.
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1 Commentaire
Bonjour Alain, dis-moi, cette histoire de revenus me chagrine un peu, que faut t’il prouver si l’on vit des rendements de son capital investi sur les marchés actions obligations, autant pour l’immobilier, on peut justifier d’un revenus par les loyers, quid des revenus sur capital en bourse ? Si je choisissais le Paraguay, ce n’est pas pour être salarié, dans mon cas les revenus viendraient des ROI. Au delà de la résidence temporaire ou permanente, ce dont j’ai surtout besoin en quittant l’enfer fiscal Socialo Bolchévique, c’est une résidence fiscale dés la première année ou je passe moins de 183 jours en France.